Anxiété : symptômes, questions, accompagnement
- Antoine Le Corre
- 23 mars
- 4 min de lecture
Vous passez une journée avec votre ami. Vous rigolez, prenez des nouvelles de chacun, racontez ce qu’il s’est passé dans vos vies depuis que vous vous êtes vus, vous refaites le monde. Le soir, vous allez à un concert. Tout se passe bien, vous avez découvert ensemble cet artiste au lycée, vous avez bataillé pour avoir une place chacun et vous êtes désormais ensemble dans la fosse à attendre qu’elle arrive. Quand tout à coup, une gêne s’immisce en vous. Elle prend petit à petit la forme d’une boule dans le ventre puis monte dans la poitrine jusqu’à se déverser dans tout votre corps. Vous avez la sensation que le monde s’effondre. Une seule pensée tourne en rond dans votre esprit : “Je vais mourir”.
Vous suffoquez, vous avez du mal à avaler votre salive, bientôt se seront des tremblements qui s’imposeront à vous, voire même un évanouissement. Vous en parlez à votre ami. Il vous répond : “De quoi tu as peur ? Il ne se passe rien, ce ne sont que des gens, profite !”. Cela ne vous rassure pas, ça vous irrite même ! Puis vous lui demandez de sortir de la salle. Il accepte. Une fois au calme, il vous demande de respirer profondément, de se concentrer sur sa voix. Vous le faites sans trop savoir pourquoi, vous avez l’impression que cela ne sert à rien. Puis 5 minutes, 15 minutes, 30 minutes ou 1 heure après tout va mieux. Peut-être pas tout car vous êtes épuisé mais il n’y a plus d’urgence. Vous décidez de rentrer avec un goût amer de ne pas avoir assisté à tout le concert.
Ce que vous venez de vivre ressemble à une “crise d’angoisse” ou une “attaque de panique”. Cependant, seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic.
Le lendemain, après avoir bien dormi, vous vous sentez de très bonne humeur. Vous repensez à la veille et à la déception de ne pas avoir vu cet artiste sur scène. Mais tout va mieux. Une brèche s’est pourtant peut-être ouverte en vous. Elle fait désormais son apparition à chaque fois que vous vous retrouvez dans une foule. Puis celle-ci se transforme en anticipation : “Et si je refais une angoisse au concert ?” Alors vous commencez à angoisser à l’idée d’y retourner. Mais vous prenez votre courage à deux mains et tentez quand même d’aller voir un autre artiste, seul cette fois-ci. Vous stressez, vous angoissez toute la journée à l’idée d’être au concert ce soir. Vous faites face à la devanture de la salle. Votre cœur s’emballe, vous sentez que “ça monte” puis vous faites demi-tour. Vous n’avez pas eu la force d’y retourner. Quelques mois après, votre ami vous informe que l’artiste que vous aimez tant tous les deux repasse dans la même salle. Malgré l’envie d’y aller, vous déclinez en prétextant que vous avez déjà quelque chose de prévu ce soir-là. Au fil des mois ou années, vous refusez à cet ami plusieurs fois. Il ne vous propose désormais plus, il a trouvé d’autres gens avec qui y aller. Vous lui en voulez, vous vous en voulez, vous ne savez pas vraiment pourquoi mais cela vous réconfortait quand il vous proposait à l’époque, malgré tous vos refus. Vous culpabilisez alors sans savoir si c’est de votre faute : “Pourquoi suis-je devenu comme ça ?”
Ceci peut s’apparenter à ce que l’on appelle un “trouble panique”. Là encore, uniquement un professionnel de santé est en mesure de diagnostiquer.

Ce récit est un exemple parmi les innombrables façons de vivre une attaque de panique et un trouble panique qui font partie de la catégorie des troubles anxieux du DSM-5. L’important est que chaque personne vit à sa manière son trouble. Néanmoins, la mort, la solitude, l’impression de perdre le contrôle sont des sentiments récurrents lors de ce vécu anxieux.
La pensée de mort qui accompagne parfois l’attaque de panique n’est pas un phénomène anodin. Avoir l’impression de mourir est un vécu psychologique très intense et peut laisser des traces psychiques notables. L’angoisse de mort est une expérience qui peut pousser l’être dans ses limites. Comment l’esprit peut-il concevoir un état où il n’existe peut-être pas consciemment ? La pensée se heurte à un vide, à un gouffre face auquel la logique déraille. Le langage ne suffit plus pour tenter de la décrire, elle est un vécu innommable. C’est pourquoi cette angoisse peut parfois se cacher au fil du temps et se tapisser dans l’ombre pour se faire oublier. Elle prendra alors différentes formes. Peut-être qu’un objet ou une situation particulière s’est vu associé à elle et une peur incommensurable de cet objet est née.
Une autre composante récurrente de l’anxiété est l’incertitude. La personne anxieuse peut montrer de l’inquiétude vis-à-vis du monde environnant et de l’autre. Ceci est un vécu existentiel légitime et important. De ce qui n’est pas connu surgit un danger potentiel. Cette probabilité devient écrasante et se transforme en évidence. Pourtant, la part d'inconnu est largement prédominante dans notre expérience humaine. En regardant par la fenêtre vous voyez un bâtiment, en apercevez un autre derrière qui cache une forêt de constructions humaines qui, elle, cache peut-être une forêt ou un champ. Pendant que vous regardez par cette fenêtre il y a peut-être un mur derrière vous qui cache également une immensité dont vous n’avez pas conscience maintenant. Cet exercice est étirable éternellement pour le monde qui nous entoure. Il l’est également lorsqu’il s’agit de la rencontre avec l’autre. “Que pense-t-il de moi ? Il a l’air de penser à quelque chose… Je ne sais pas quoi. Est-ce que j’ai dit quelque chose de travers ?”
Alors comment se positionner face à cela ? Tous ces questionnements existentiels peuvent vous tirailler au quotidien et vous rendre anxieux. C’est pour cela qu’ils sont abordés en thérapie. L’enjeu est d’analyser leur sens et leur fonction au sein de votre personnalité et votre temporalité. Les nommer prend souvent du temps. Si vous souhaitez vous faire accompagner dans ce processus, vous pouvez prendre rendez-vous avec moi ici.
Pour établir un diagnostic, il est nécessaire d’avoir l’avis de votre médecin généraliste ou d’un médecin psychiatre. Un psychologue ne diagnostique pas, il accompagne le vécu et la souffrance psychiques.
